Mont-de-Marsan, le 3 novembre 2001
à Monsieur le Député
Objet : Convention internationale sur les armes bactériologiques et manipulations génétiques à but militaire.
Monsieur
Le 19 novembre, vont s’ouvrir à Genève, des négociations pour renforcer la Convention sur les armes bactériologiques de 1972. Vu les événements récents, nous espérons que les dirigeants de ce monde agiront efficacement pour le bien de l’humanité.
Il y a quelques semaines pourtant, le Président Bush refusait de signer un texte préparatoire, déjà co-signé par 140 pays, devant renforcer cette convention.
Le New York Times (05/09/01) révélait d’autre part, que : "Le Pentagone a construit en secret une usine capable de produire suffisamment de bactéries pour tuer des millions d’humains. Ce projet n’étant qu’un projet parmi d’autres. Le dernier en date, étant de mettre au point, par manipulation génétique, une version encore plus virulente de la bactérie provoquant l’anthrax". Le motif officiel étant de "tester l’efficacité des vaccins donné aux troupes ou la capacité de certains groupes à accéder à de telles armes"... Le Ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, confirmait la volonté de l’Administration états-unienne de poursuivre ces recherches, lors de sa conférence de presse du 4 septembre 2001.
Depuis l’envoi de lettres contaminées par l’anthrax aux Etats-Unis, le grand public prend conscience de la réalité de la menace bactériologique. Les enquêteurs n’excluent aucune piste. La bactérie s’est-elle "échappée" de leurs propres usines, d’un laboratoire civil étranger ? A-t-elle été obtenue avec l’aide d’un de ces milliers de chercheurs, aujourd’hui sans emploi, qui travaillaient pour l’ex-programme bactériologique soviétique ?
Mais au-delà des recherches "traditionnelles" des militaires sur des agents pathogènes, modifiés génétiquement ou non, les manipulations génétiques ouvrent de nouvelles perspectives. On soupçonne certains pays de travailler sur des bombes "ethniques" qui ne s’attaqueraient qu’aux porteurs d’un gène précis, plus fréquent dans un groupe humain ciblé... Plus anecdotique, les Etats-Unis tentent de créer des aliments transgéniques qui conféreraient à leurs soldats une belle couleur bleue sur les radars des avions et permettraient ainsi d’éviter les bavures.
Certaines techniques agricoles de mutilations génétiques - dont Terminator est la plus connue - pourraient permettre aux militaires de contrôler les récoltes d’un adversaire. Des agents chimiques, mélangés aux produits habituels vendus par les semenciers, permettraient de débloquer les mécanismes génétiques mis en place justement par les semenciers, pour bloquer croissance, floraison, fructification, etc.. des plantes. Les semences pourraient être vendues, sans que les pays acheteurs ne soupçonnent les manipulations génétiques subies par les plantes. (Les Amis de la Terre vous ont écrit deux fois par le passé pour dénoncer ce risque et vous demander en vain d’intervenir et exiger que ces mutilations génétiques soient interdites dans les domaines civil ou militaire...)
Même les recherches pacifiques ne sont pas sans risque. Des chercheurs australiens qui essayaient de rendre stériles des souris, utilisaient comme vecteur, un virus de la variole de la souris. Le virus modifié génétiquement est soudain devenu un virus tueur qui éliminait toutes les souris, en détruisant leur système immunitaire. Après avoir découvert les effets de leur virus tueur, les scientifiques ont tenté de vacciner les souris. Le virus manipulé s’est avéré inhabituellement résistant au vaccin, qui ne fut efficace que dans la moitié des cas ! Ce virus n’a pas d’effet sur les humains certes, mais c’est une forme très proche du virus de la variole... humaine. Que se passerait-il après une manipulation similaire d’un virus de la variole humaine ? Le vaccin, dont le gouvernement français pense relancer la fabrication, serait-il encore efficace ?
Cet incident met en lumière des problèmes de plus en plus inquiétants. Il démontre, une fois encore, combien nos connaissances scientifiques sur les mécanismes complexes qui dirigent les gènes, sont lacunaires. De plus, comment stopper des terroristes qui détourneraient des recherches pacifiques, en les adaptant à leurs infâmes objectifs ? Comment gérer la demande légitime des citoyens d’être informés et la nécessaire protection du public ?
Face à cette nouvelle situation, le politique se doit de réagir et d’agir. Les Amis de la Terre vous demandent donc, Monsieur le Député, de tout faire pour que la Convention sur les armes bactériologiques soit renforcée :
Les grands pays doivent accepter un contrôle international sur leurs activités, sinon comment demander à des états aux activités douteuses de le faire ? Les grandes firmes interna-tionales, elles aussi, ne peuvent plus se cacher derrière le secret industriel et commercial.
le caractères "défensif" des recherches est à rejeter. La différence entre but défensif ou offensif est aussi difficile à établir qu’entre nucléaire civil et militaire. La France a vendu la technologie nucléaire civile qui a permis au Pakistan de fabriquer... sa bombe atomique.
de plus toute application militaire des biotechnologiques, sous toutes les formes possibles, doit être interdite d’abord en France et lors de la réunion de Genève.
Le XX siècle a été celui de l’atome. Faisons tout pour que le XXI, s’il devait devenir celui des biotechnologies, n’ait pas son Hiroshima transgénique ! La prochaine réunion de Genève doit être un succès.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’assurance de nos sentiments les meilleurs.
Pour les Amis de la Terre, le Président :