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Citoyens et élus : tous unis contre Monsanto !

Par Christian Berdot

OGM
Droits des citoyens contre droits des multinationales !
Vendredi 5 septembre : le Collectif OGM 40 soutenu par de nombreux élus et plus de 200 personnes, s’est réuni devant le champ de maïs transgénique de Monsanto à Magescq pour protester contre cet essai.

Les manifestants ont été accuilli par Mr Duffort d’Attac. Sont intervenus aussi pour le Collectif, Daniel Florentin du Civam-Bio et de la Confédération Paysanne, Albert Saphore pour le Modef et Christian Berdot pour les Amis de la Terre. La parole a ensuite été donnée aux élus : Mr Saubion, maire de Magescq, Mr Lissar (Verts), Conseiller Régional, Mr Emmanuelli (PS), Président du Conseil Général et Mr Larrat (PC) Conseiller Régional.

La conclusion a été faite par Christian Berdot des Amis de la Terre.

Voici le texte, fil conducteur des deux interventions des Amis de la Terre pour le Collectif OGM 40.

Une Démocratie génétiquement modifiée

Ce rassemblement a une valeur symbolique forte. D’un côté, nous avons des citoyens opposés aux essais de plantes transgéniques en plein champ, soutenus dans leur opposition par de nombreux élus de communes landaises, du Conseil Général des Landes et du Conseil Régional d’Aquitaine. De l’autre, nous avons un champ où se dressent fièrement des pieds de maïs transgénique auxquels des pétitions, signées par plus de 3000 citoyens landais s’opposant à cet essai, ont été accrochées.

Alors la question se pose immédiatement : "Qui décide ? Les citoyens et les élus qui les représentent, ou les multinationales ?" Et cette question posée ici, au fin fond de la forêt landaise, on se la pose aux quatre coins de la planète !

Dans quelques jours, s’ouvrira à Cancùn, l’immense braderie planétaire, appelée Organisation Mondiale du Commerce. (Principe de base, le troc. Exemple : "Tu me brades ta distribution d’eau potable, je te brade mon agriculture"). Le but est connu : élargir et renforcer encore le pouvoir des multinationales.

Mais dans quelques jours aussi, le 11 septembre, le Protocole de Carthagène, traité international négocié sous l’égide des Nations-Unies, entrera en vigueur. Le but est connu : protéger les peuples et la planète.

Deux logiques s’opposent : le droit des multinationales contre le droits des peuples ! Le Protocole de Carthagène reconnaît le principe de précaution. L’Organisation Mondiale du Commerce, elle, le rejette comme étant un obstacle à la libre circulation des marchandises. Le Protocole considère que les organismes vivants, modifiés génétiquement, ne sont pas assimilables à des organismes vivants traditionnels, qu’ils doivent être étiquetés et que leur traçabilité doit être assurée. Pour l’Organisation Mondiale du Commerce, les OGM sont des produits comme les autres et les mesures d’étiquetage ou de traçabilité sont des mesures discriminatoires contre les pays producteurs et contraire au libre échange. Le Protocole stipule que les Etats et les peuples qu’ils représentent peuvent, s’ils le jugent nécessaire, limiter fortement, voire interdire les OGM.

Les Etats-Unis font le forcing pour imposer les OGM. Ils ont déposé une plainte devant l’Organisation Mondiale du Commerce contre le moratoire sur les OGM de l’Union européenne. (Ne nous leurrons pas, leur plainte sera élargie pour s’attaquer aussi aux règlements adoptés récemment par l’Union Européenne, concernant l’étiquetage et la traçabilité des OGM). Les responsables politiques de l’Union Européenne ou des Etats-membres n’ont aucune raison de céder aux manoeuvres d’intimidation des Etats-Unis. Avec le Protocole de Carthagène, le droit international est de leur côté et du nôtre, citoyens qu’ils représentent.

Il faut réaffirmer la primauté de l’Organisation des Nations Unies sur l’Organisation Mondiale du Commerce. C’est à cette dernière de se plier devant les Traités Internationaux.

Au niveau planétaire comme à Magescq ou à tous les échelons politiques intermédiaires, la question qui se pose est : "Laisserons-nous les multinationales décider à la place des peuples de cette planète ?". Ici à Magescq, nous réaffirmons notre opposition aux OGM lâchés dans la nature, nous réaffirmons notre attachement au moratoire européen sur les OGM et demandons à tous les responsables politiques, à quelque échelon que ce soit, de tout faire pour que le Protocole de Carthagène soit imposé comme référence de droit international aux marchands de l’OMC.

Suivirent les interventions de Mr Saubion, maire de Magescq, Mr Lissar (Verts), Conseiller Régional, Mr Emmanuelli (PS), Président du Conseil Général et Mr Larrat (PC) Conseiller Régional. (Mr Emmanuelli et Mr Larrat insistèrent beaucoup sur l’importance de la recherche)

Deuxième intervention et conclusion par les Amis de la Terre.

Il a beaucoup été question de recherche dans les deux dernières interventions. Il ne faudrait pas que l’impression soit donnée que le Collectif s’oppose à la recherche. Dans le passé, nous avons souvent été en butte à ce type d’insultes : peurs irrationnelles, ayatollahs. L’an dernier encore, l’ancien ministre, Claude Allègre, invité à une réunion du semencier Pau-Euralis, s’en prenait aux "obscurantistes".

Le Collectif ne s’oppose pas à la recherche, encore faudrait-il préciser de quoi on parle.

En juin, le Collectif a rencontré les responsables du Service de Protection des Végétaux qui dépendent de la Direction Régionale de l’Agriculture à Bordeaux. Ces personnes sont chargées du suivi des essais OGM dans la région.

A la question "Est-ce que ces essais ont un objectif de recherche scientifique ?" la réponse a été : "Non, il y a belle lurette que la recherche a été faite en laboratoire" (sic !). Autre question : "On procède à des manipulations génétiques sur des variétés de maïs dont les caractéristiques techniques et agronomiques sont connues depuis longtemps. Pourquoi procède-t-on à des essais après manipulation génétique ?" Réponse : "Parce qu’on ne sait pas ce que la plante va donner" (re-sic !). En clair, lorsqu’on introduit un gène dans une plante, on ne sait pas si la plante aura le même rendement ou si des effets indésirables peuvent apparaître.

Autre exemple : en 2001, des scientifiques belges mettaient au point une nouvelle méthode d’analyse de l’ADN. Pour la tester, ils l’appliquèrent au soja OGM de Monsanto. Ils découvrirent avec surprise un objet génétique non identifié ! Un segment d’ADN qui n’avait été repéré, ni par Monsanto, ni par les autorités dites de contrôle. Interrogé par la presse belge, le directeur de Monsanto-France répondait dans la Libre Belgique du 17/08/01 que "Les méthodes et les techniques évoluent. A l’époque, il n’était pas possible d’isoler ce fragment."

Il faut arrêter de faire passer pour de la recherche, ce qui n’est que bidouillage de techniciens. Qui nous dit que le maïs planté aujourd’hui par Monsanto ne présentera pas de problèmes dans quelques années mais qu’on nous répondra "Oui mais à l’époque, il n’était pas possible de prévoir ces problèmes !".

Quant au problème de la faim dans le monde, là aussi soyons vigilants. Il y a un pays où les services du ministères de l’agriculture ont demandé les statistiques des services sociaux sur la sous-alimentation. Les résultats sont accablants : 5 millions d’enfants, dont un nombre important souffrant de sous-alimentation sévère et 20 millions d’adultes sous-alimentés. Quel est ce pays ? Les Etats-Unis d’Amérique, premier pays producteur mondial d’OGM !

A des milliers de km de là, Mickael Nartey des Amis de la Terre du Ghana nous explique : "Le problème des paysans du Ghana, c’est de pouvoir stocker et transporter les récoltes alors que 40 à 60% des récoltes pourrissent sur place." Avec une infime partie de l’argent gaspillé à faire des OGM inutiles, on pourrait équiper les paysans du tiers-monde pour qu’ils puissent stocker leurs récoltes et les transporter vers les populations qui en ont besoin. Ce n’est pas un problème scientifique, c’est un choix politique !

Le problème de la faim dans le monde est un problème essentiellement politique. Pourquoi autant de gens souffrent de la faim au Etats-Unis ? Ce n’est certainement pas parce que ce pays ne produit pas assez de nourriture !

Alors soyons vigilants et ne nous laissons pas tromper par des entreprises qui derrière ces discours généreux (développement, lutte contre la faim, diminution des pesticides, lutte contre les maladies...), opèrent avec un cynisme effrayant et pour qui, la seule chose qui compte est l’argent..

Et pour conclure, avec cette saison agricole qui s’achève. Ce rassemblement a marqué la volonté des citoyens de ce département et de leurs élus que cet essai soit le dernier. Aujourd’hui, les pétitions de plusieurs milliers de citoyens sont accrochés au pieds de maïs transgénique. L’an prochain, il se pourrait qu’en cas de renouvellement d’essai, leur nombre augmente tellement que sous leur poids, plus d’un pieds de maïs transgénique ne plie... Nous comptons sur le soutien de tous, élus et citoyens, pour continuer notre action contre les OGM en liberté et pour le droit des citoyens de décider de leur avenir.



Ce rassemblement a eu une couverture médiatique minimale pour ne pas dire dans certains cas minable. Parmis les 200 manifestants, la seule personne interrogée dans la presse écrite fut le directeur de...Monsanto !

Dans la nuit qui a suivi, une partie du champ a été couchée ou arrachée. Cette action nocturne a eu par contre une couverture médiatique importante, même nationale !

Nos concitoyens ne savent toujours pas pourquoi nous nous opposons à ces essais, ni quels sont nos arguments mais ils savent qu’il y a eu de la "casse".

Moralité... mais y en a-t-il une ?





Pétitions accrochées aux pieds de maïs OGM. Plus de 3000 signatures "Contre les essais d’OGM, dans les Landes et ailleurs !"

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