Mont-de-Marsan, le 29 décembre 2004
Monsieur [1]
Dernièrement, le journal Sud-Ouest publiait, sans le moindre recul critique, un long article en page Landes, sur la création dans la région, d’une unité d’éthanol à base de maïs, à Lacq ou Lannemezan.
Ce procédé industriel permettrait "d’écouler plus de 300 000 tonnes de maïs soit l’équivalent de 45 000 à 50 000 hectares". Le journal nous parle "d’un rapport qui démontre que les émissions de CO2 sont réduites de 75%(sic !) par rapport aux hydrocarbures" . Et comme un bonheur ne vient jamais seul, le journal nous dit "Si l’on maîtrise, comme cela en prend le chemin (re-sic !), l’emploi d’engrais et de pesticides pour la production, c’est effectivement un plus en matière écologique".
Nous sommes inquiets. Après les merveilleux OGM qui devaient sauver la planète, les mêmes intérêts économiques et industriels recommencent avec l’éthanol de maïs qui va sauver les climats... On retrouve les mêmes procédés : réalité embellie, études critiques passées sous silence, scoops médiatiques, etc...
Les nombreux problèmes liés à la culture du maïs s’accumulent : pesticides, irrigation, pollution des nappes phréatiques notamment par les nitrates, etc.... Dans ces conditions, on peut légitimement se demander s’il est vraiment utile de cultiver du maïs destiné... à fabriquer de l’éthanol.
Quand de plus, on sait que l’on manque de protéines végétales et qu’on doit faire venir des Etats-Unis ou du Brésil du soja GM pour notre bétail, est-ce que cultiver du maïs pour faire de l’éthanol est vraiment la meilleure idée ?
Ne vaudrait-il pas mieux produire des protéines végétales localement et s’assurer ainsi que la filière protéines pour les aliments à destination du bétail est réellement sans OGM ?
Sans oublier que la consommation d’hydrocarbures pour le transport du soja depuis ces pays lointains, n’est certainement pas compris dans le super bilan CO2 de l’éthanol présenté par les porteurs du projet...
D’autre part, nous ne doutons pas que les caisses publiques seront mises à contribution pour soutenir un tel projet, porté notamment par la multinationale Abengoa qui reçoit déjà 4,5 millions d’Euros de la Commission Européenne pour un projet à Babilafuente en Espagne et 35,5 millions de dollars du Ministère de l’Energie pour un projet aux Etats-Unis d’Amérique. Le Conseil Régional sera sûrement sollicité.
Parmi les autres partenaires du projet régional, nous trouvons Euralis - qui a un partenariat sur les biotechnologies avec la multinationale Pioneer - et Maïsadour qui fait de même avec Syngenta, premier groupe agro-chimique mondial. Nous sommes persuadés que le projet maïs-éthanol est aussi partie prenante de la stratégie des firmes de biotechnologies pour écouler des OGM dont personne ne veut et surtout pas dans l’alimentation. On les entend déjà dire : "Il n’y a aucun risque pour la santé humaine puisqu’avec notre maïs OGM, on fait de l’éthanol !" Les Amis de la Terre sont persuadés que la filière éthanol servira de Cheval de Troie pour introduire les OGM dans nos champs.
Les Amis de la Terre ne peuvent que se réjouir des positions fermes et claires que le Conseil Régional a pris contre les OGM agricoles. Mais face à cette offensive masquée, nous aimerions connaître, en tant que citoyens et contribuables, les garanties que vous exigerez de Maïsadour, Lur-Berri, Euralis et Vivadour pour que les finances régionales ne soutiennent JAMAIS un projet servant de planche de salut pour des OGM agricoles en perdition.
Quelles garanties exigerez-vous aussi du porteur de projet pour vous assurer qu’AUCUN micro-organisme génétiquement modifié ne fait partie du procédé de transformation ?
D’autre part et de toute évidence, les chiffres avancés par le journal Sud-Ouest sont directement tirés du dossier des industriels. Quelles sont les autres études dont vous disposez - études indépendantes de l’industrie ou des bureaux d’étude qu’elle finance - pour prendre une décision concernant une filière éthanol au bilan écologique plus que contrasté (CO2, eau, pesticides) ?
La personne qui représentera l’Aquitaine lors de la "Conférence des Régions sans OGM" à Berlin, courant janvier, pourra peut-être s’en entretenir avec les représentants de notre association. En attendant, veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments écologiques les meilleurs.
[1] copie de la lettre a été envoyée à Monsieur Jean-Louis Carrère, sénateur des Landes et vice-président du Conseil Régional.