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RIP : gardons les pieds sur terre !

Les Amis de la Terre se joignent aux nombreuses voix dénonçant la privatisation des aéroports de Paris et appelant à la signature du Référendum d’Initiative Populaire. Au-delà de la question du contrôle nécessaire par le public du trafic aérien, c’est une vision du monde et l’impératif climatique qui se jouent.

Les intérêts privés ne peuvent pas piloter l’aéronef collectif

On ne transige pas avec le climat. Le rapport du GIEC sur la trajectoire de 1,5°C de réchauffement global, paru en octobre 2018, a bien montré les efforts colossaux que nous devons faire pour avoir une chance de ne pas dépasser ce seuil critique. C’est une responsabilité face au dérèglement climatique qui affecte déjà d’innombrables vies sur Terre. C’est notre responsabilité en tant que pays historiquement émetteur de gaz à effet de serre. On ne peut pas se dérober : il faut diminuer drastiquement nos émissions, et ce dans tous les secteurs. Y compris celui de l’aviation.

La proposition de privatiser les aéroports de Paris (ADP) va complètement à l’encontre de cet impératif. En effet, ôter la maîtrise de secteurs stratégiques comme celui des transports des mains du secteur public pour la remettre entre celles du secteur privé, c’est abdiquer une grande partie du contrôle citoyen sur la régulation du trafic. C’est croire naïvement que les entreprises, dont l’objectif est de maximiser leur profit, vont s’engager volontairement dans une démarche qui remet en cause leur modèle et leurs bénéfices.

Refuser la privatisation d’ADP, comme celle des barrages hydroélectriques, ce n’est pas faire de ces secteurs hautement controversés des joyaux nationaux : c’est simplement conserver les moyens de mettre en oeuvre les politiques qui servent l’intérêt général. Rester sous le seuil de 1,5 °C, accompagner le changement de pratiques dans nos mobilités, favoriser l’emploi et la reconversion, redessiner une carte des transports plus juste et équitable : voilà ce qui relève de la mission des services publics, pas des intérêts privés.

Climat : il faut revenir les pieds sur terre

En gardant le contrôle public des Aéroports de Paris, nous faisons le pari de réussir à les dérouter de la folle trajectoire sur laquelle ils s’embarquent. En effet, ADP prévoit d’investir 6 milliards d’euros en 2021 et 2025 dans ses trois aéroports parisiens et dans la construction d’un terminal 4 à Roissy pour accueillir entre 30 et 40 millions de passagers supplémentaires, tout cela en complément du réaménagement du grand Paris en vue des prochains Jeux Olympiques [2].

Cette perspective de développement est en profonde contradiction avec la crise climatique. En effet, le secteur de l’aviation civile représente déjà près de 5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales [3]. Au rythme où va le secteur, le trafic pourrait doubler en dix ans [4]. Une régulation forte de la part des Etats est plus que jamais nécessaire. Le rapport B&L évolution expose ainsi que, pour rester sous 1,5 °C de réchauffement global, les lignes internes disposant d’une alternative par la route ou le rail de moins de 4h doivent être supprimées d’ici 2022, et qu’aucun nouvel avion ne doit être mis en circulation après 2020 [5].

Les Etats devront intervenir pour diminuer le trafic aérien. Il n’y a pas de vraie solution permettant de développer le trafic de façon soutenable, et il faut faire barrage aux fausses solutions que les industriels du secteur veulent employer pour se dédouaner de l’augmentation. En effet, l’accord international Corsia, qui est censé permettre une croissance neutre en carbone à partir de 2020, n’a pour l’essentiel que deux solutions à mettre en avant : la compensation carbone et le recours aux agrocarburants. Or, face aux impacts énormes en matière de déforestation, d’accaparement des terres, et de droits humains de ces deux mécanismes, on ne peut que s’y opposer.

4,7 millions de voix contre une politique anti-climatique et sociale

Mais réussir à réunir les 4,7 millions de signatures pour un référendum inédit, ce serait également l’occasion de dénoncer la politique délibérément hypocrite d’Emmanuel Macron en matière d’environnement, de climat et de justice sociale et de mettre un coup de semonce à ce gouvernement pour qu’il prenne au plus tôt les mesures qui s’imposent.

En matière de transport, en effet, les solutions sont connues et les alternatives existent. Il faut repenser nos territoires et nos mobilités. Il faut en finir avec les cadeaux fiscaux concédés aux compagnies aériennes et les aides aux aéroports qui maintiennent un prix artificiellement bas. Il est profondément injuste que les compagnies aériennes bénéficient d’exonération de taxe sur le kérosène, de taux réduits de TVA, de subventions directes qui leur permettent de s’enrichir tout en étant exemptées de contribuer à l’effort collectif, tandis que celui-ci continue de peser sur les ménages de plus en plus précaires. Faire payer le coût réel de l’avion, c’est bien entendu en contrepartie favoriser et soutenir des modes de transport plus soutenables comme le train, et veiller à réduire les inégalités liées à la mobilité.Dans le monde, seule 1 personne sur 7 a déjà pris l’avion [6]. Sur les territoires, la fracture sociale liée à la mobilité se renforce : favoriser l’accès aux transports en commun pour tou.te.s, assurer le maillage des périphéries, accompagner la transition vers la mobilité douce sont des chantiers prioritaires, et c’est là que se trouvent les alternatives en termes d’emploi .

Garder la main sur les aéroports de Paris, ce n’est donc pas que maintenir un contrôle public et citoyen sur l’entreprise, mais bien s’engager dans une perspective de régulation et de diminution du trafic, viser à un changement massif des pratiques pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et, en réussissant à réunir 4,7 millions de signatures [7], sanctionner la politique du gouvernement en lui montrant que les citoyen.ne.s sont déterminé.e.s à ne pas le laisser aller droit dans le mur.

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