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Sortie du charbon : Crédit Agricole montre la voie, les autres banques à la traîne

Paris, le 6 juin 2019. Dans une stratégie climat publiée aujourd’hui [1], Crédit Agricole dévoile de nouvelles mesures de restriction de l’ensemble de ses soutiens au secteur du charbon. Les Amis de la Terre France et Oxfam France félicitent le groupe pour des engagements qui marquent une tolérance zéro vis-à-vis de l’expansion de ce secteur et soutiennent une sortie totale du secteur dans les temps impartis par la science climatique pour limiter le réchauffement à 1,5°C maximum. Les deux ONG invitent les grandes banques françaises à suivre l’ambition du Crédit Agricole et rappelle que l’action de l’Etat est indispensable pour réguler le secteur financier et notamment limiter ses impacts sur le climat.

Crédit Agricole vient d’annoncer quatre mesures ambitieuses demandées par nos organisations [2] :

  • Crédit Agricole s’engage à réduire à zéro l’exposition de ses portefeuilles de financement et d’investissement au charbon d’ici 2030 dans les pays européens et de l’OCDE, d’ici 2040 en Chine et d’ici 2050 dans le reste du monde [3].
  • Pour atteindre cet objectif, Crédit Agricole demande à l’ensemble des entreprises auxquelles le groupe est exposé de publier d’ici 2021 un plan de sortie du secteur du charbon aligné avec ces dates et zones géographiques et reposant sur la fermeture et non la vente des actifs. Crédit Agricole n’est pas la première banque ou institution financière à s’engager à sortir progressivement mais totalement du charbon, mais c’est la première à exiger que les entreprises publient un tel plan de sortie.
  • Crédit Agricole exclut dès maintenant les entreprises développant leurs activités dans le secteur du charbon, sur l’ensemble de la chaîne de valeur, et devient le premier groupe acteur financier au monde à prendre de tels engagements [4].
  • Crédit Agricole restreint aussi dès à présent ses soutiens aux entreprises qui tirent plus de 25% de leurs chiffres d’affaires du charbon - seul point sur lequel une autre banque française, Natixis, a déjà annoncé une mesure plus ambitieuse.

Pour Lucie Pinson, référente de la campagne Finance privée des Amis de,la Terre France : “Ce sont les meilleures pratiques jamais adoptées par l’industrie financière sur le secteur du charbon. Pour la première fois, une grande institution financière reconnaît l’urgence d’empêcher l’expansion du secteur du charbon, et de planifier et mettre en œuvre sa sortie. Crédit Agricole vient certainement de couper l’herbe sous le pied à AXA et BNP Paribas jusqu’à présent considérés leaders en matière climatique mais nous espérons que les engagements pris s’imposeront rapidement comme des nouvelles références et ne resteront pas des exceptions.”

A noter que la politique annoncée aujourd’hui arrive dans un contexte particulier. Cela fait plusieurs années que les Amis de la Terre pointent les limites des politiques adoptées par les banques françaises sur le secteur de charbon. En novembre 2018, après la publication de deux rapports par Oxfam France sur l’écart entre leurs soutiens aux énergies renouvelables et ceux aux énergies fossiles et par les Amis de la Terre France exposant leurs financements aux développeurs de centrales à charbon [5], Bruno Le Maire appelait les acteurs financiers à en finir avec les activités les plus polluantes [6].

Pour Alexandre Poidatz, chargé de la régulation du secteur financier chez Oxfam France : « Nous attendons de de l’Etat qu’il prenne ses responsabilités. Il doit entraîner les autres banques françaises dans le sillage des engagements sur le charbon du groupe Crédit Agricole. Si les autres banques ne suivent pas, nous demandons au gouvernement de saisir l’opportunité cette rentrée de présenter un projet de loi visant à réorienter les flux des acteurs financiers vers la transition ».

Force est de constater que Crédit Agricole est l’unique banque à avoir pour l’instant donné suite à cet avertissement et uniquement sur le charbon.

Si Crédit Agricole s’engage aujourd’hui à aligner l’ensemble de ses activités avec une trajectoire compatible avec l’Accord de Paris, on attend qu’il fasse preuve des mêmes exigences vis-à-vis des autres entreprises des énergies fossiles : cesser leur expansion et organiser au plus vite leur sortie indispensable pour limiter le réchauffement à 1,5°C” ajoute Lorette Philippot, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France.

Quant aux autres banques, Société Générale a déjà publié de nouveaux engagements mais tout juste adoptés, ils sont déjà à revoir. Si Natixis devrait publier d’ici peu de nouvelles mesures sur le charbon [7], BNP Paribas n’a pas dit son intention de le faire. En général, les politiques climatiques des banques françaises sont insuffisantes et encore trop dominées par les énergies fossiles [8].

Les ONGs invitent le Crédit Agricole à poursuivre dans la voie d’engagements ambitieux en faveur du climat en :

  • Présentant un plan de stabilisation puis de diminution des capacités dans les secteurs pétrolier et gazier, aligné avec l’objectif de 1,5 °C
  • Divulguant chaque année leurs financements et investissements en direction des énergies fossiles et renouvelables.

Contact presse :

  • Lucie Pinson (Amis de la Terre) : 06 79 54 37 15
  • Alexandre Poidatz (Oxfam France) : 06 85 26 37 18

Notes :

[1] Stratégie climat du Crédit Agricole ici [2] Retrouvez l’analyse complète des engagements de la banque dans la note de presse "Sortie du charbon : Crédit Agricole montre la voie" publiée par les Amis de la Terre France. [3] Ces dates sont tirées du scénario 1,5°C défini par l’institut d’analyse politique et de recherche sur la science climatique Climate Analytics. [4] De nombreux investisseurs dont des assureurs français ont déjà exclu de leur univers d’investissement certains ou tous les développeurs de centrales à charbon. Cependant, leurs engagements ne couvrent que la production d’électricité alors que celui de Crédit Agricole couvre l’ensemble de la chaîne de valeur (extraction, négoce et transport également). De plus, tous les engagements concernant la production d’électricité ne se valent pas. Par exemple, AXA, seul gestionnaire d’actifs de taille similaire à celle d’Amundi ne s’est engagé à exclure que les entreprises qui prévoient plus de 3 GW de nouvelle capacité charbon. Enfin et surtout, les engagements d’AXA, Allianz, Generali et Scor ne portent que sur leurs investissements et non sur les activité de souscription - l’équivalent des financements pour les banques.
[5] Rapport des Amis de la Terre “COP21+3, les banques françaises toujours au charbon” ; rapport d’Oxfam France “Banques françaises, les fossiles raflent la mise”. [6] Bruno Le Mairedéclarait à la table ronde mondiale sur la finance climat, organisée à Paris en novembre 2018 « Je demande que [banques, assureurs et gestionnaires d’actifs] arrêtent définitivement de financer les centrales et les mines à charbon. Si ces engagements ne sont pas respectés, nous les rendrons contraignants » : Novembre 2018, Climate Finance Days [7] Voir les réaction des Amis de la Terre France aux Assemblées générales de Société Généraleet Natixis. Interrogée sur ces intentions et appelée à revoir sa politique charbon par les Amis de la Terre, BNP Paribas a défendu les engagements déjà existants et non revus depuis plus de de deux ans côté financement.
[8] Oxfam, en partenariat avecFair Finance France, a publié hier une évaluation de plusieurs engagements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de 8 banques françaises dans le cadre d’une notation globale. Son verdict est sans appel : ces engagements sont insuffisants.

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