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Trans Adriatic Pipeline : la France apporte des soutiens financiers massifs au projet de gazoduc controversé

Le jeudi 17 janvier 2019, à Montreuil – La Banque européenne d’investissement a annoncé que les financements nécessaires au développement du gazoduc Trans Adriatic Pipeline ont finalement été réunis en décembre 2018. Sur la liste des soutiens figurent la Banque publique d’investissement BpiFrance, la compagnie d’assurance-crédit Euler Hermes, et les banques commerciales Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis. Les Amis de la Terre dénoncent ce soutien unanime et scandaleux des acteurs publics et privés français à un projet inutile, qui nie l’urgence climatique et menace les populations locales.

La Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé vendredi dernier que le projet de gazoduc Trans Adriatic Pipeline (TAP) a obtenu en décembre 2018 un financement de 3,9 milliards d’euros, soit le plus important réalisé en 2018 pour un projet d’infrastructure européen [1]. 17 banques commerciales ont pris part à ce prêt aux côtés de la BEI et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Parmi elles, les quatre Françaises Société Générale – également conseiller financier pour le projet –, BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis. Le TAP bénéficie également du soutien direct du gouvernement français, via les garanties accordées par la banque publique d’investissement Bpifrance pour 450 millions d’euros et la compagnie d’assurance-crédit Euler Hermes – partiellement détenue par l’Etat – pour 280 millions d’euros.

Le projet de gazoduc TAP est controversé sur tous les fronts. Les bénéfices qu’il apporte en terme de sécurité d’approvisionnement pour l’Europe – pourtant principale justification du projet – sont remis en cause par le développement d’autres projets gaziers sur le continent [2]. En Italie, une enquête est actuellement en cours accusant 15 représentants des industriels impliqués dans des violations environnementales et administratives [3]. Les Amis de la Terre dénoncent la stratégie européenne de démultiplication des infrastructures gazières, frein à la transition énergétique.

« Nous interpellons depuis des mois les banques publiques et privées [4], leur demandant de ne pas soutenir cet immense gazoduc qui va à l’encontre de toute rationalité en matière de lutte contre les changements climatiques et produit déjà des impacts sociaux et économiques préoccupants sur les communautés voisines du projet », explique Lorette Philippot, chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre. Pourtant celles-ci ont tout mis en oeuvre pour le rendre possible : Société Générale conseillant le consortium pour le développement du projet, les prêts de la BEI et de la BERD apportant une caution politique au projet, les garanties de Bpifrance et Euler Hermes limitant les risques du projet pour les banques commerciales, et ces dernières accordant finalement la vaste majorité des capitaux.

« Il n’y a aucune raison valable pour que le gouvernement français justifie son soutien direct au projet de gazoduc TAP. Jeter l’Accord de Paris aux oubliettes pour aider les entreprises françaises à exporter, c’est intolérable ! Il est grand temps que la France s’interroge sur son soutien aux énergies fossiles via son agence de crédit à l’exportation », réagit Cécile Marchand, chargée de campagne climat et acteurs publics aux Amis de la Terre. Selon les calculs des Amis de la Terre basés sur les publications de Bpifrance Assurance Export [5], l’institution publique a soutenu à hauteur d’environ 1,4 milliard d’euros le secteur des énergies fossiles depuis 2017. Les Amis de la Terre demandent au gouvernement d’Edouard Philippe d’aller plus loin que les engagements pris par le précédent gouvernement en excluant l’ensemble des énergies fossiles des soutiens de l’agence de crédit à l’exportation et non pas uniquement le charbon.

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